Éphéméride

Le portefeuille oublié
qui fit naître la carte

1950 Innovations & techniques Lecture 3 min

En février 1950, à New York, quelques convives règlent leur addition avec un simple carton et une signature. Le Diners Club vient de naître : la première carte de paiement acceptée par plusieurs établissements, à une époque où l'on ne paie qu'en espèces, par chèque ou sur un compte ouvert chez chaque commerçant.

Le fait

Un carton, une signature, vingt-sept restaurants

Selon la version qu'en donne la société, Frank McNamara, homme d'affaires new-yorkais, se retrouve en 1949 dans un restaurant de Manhattan sans son portefeuille et doit faire venir quelqu'un pour régler la note. L'anecdote est sans doute enjolivée, mais le problème est réel : en 1950, un client ne dispose que de l'argent liquide, du chèque ou d'un compte ouvert séparément chez chaque commerçant, grand magasin, hôtel ou station-service.

McNamara s'associe à Ralph Schneider et fonde le Diners Club en février 1950. Le principe tient en trois gestes : le porteur présente une carte de carton dans un établissement affilié, signe la note, puis le club règle le restaurant et se fait rembourser par son membre. Le client n'a plus besoin de liquidités sur lui, le commerçant est assuré d'être payé.

La croissance est rapide : 20 000 membres à la fin de 1950, 42 000 un an plus tard, une acceptation à l'étranger dès 1953 (Royaume-Uni, Canada, Cuba, Mexique), un million de porteurs en 1959. McNamara, lui, cède ses parts dès 1952 à ses associés pour 200 000 dollars. La carte de plastique n'apparaît qu'en 1961.

Le montage repose sur un triangle : le porteur, le commerçant, l'émetteur. Au lancement, environ deux cents porteurs, des relations des fondateurs, versent une cotisation annuelle de 5 dollars, et vingt-sept restaurants new-yorkais acceptent la carte contre une commission de 7 % sur chaque note. Le club est rémunéré des deux côtés : le client paie la commodité, le restaurant paie la clientèle qu'on lui amène.

Le portefeuille oublié qui fit naître la carte
Ce que ça révèle

Le véritable produit est la confiance d'un tiers

La carte n'est pas encore du crédit au sens moderne : le Diners Club est une carte de paiement dont la note doit être réglée en totalité. L'émetteur s'interpose entre deux inconnus : il vérifie le client pour le compte du commerçant et garantit à ce dernier un paiement qu'il n'aurait pas osé espérer d'un client de passage. La confiance personnelle du restaurateur envers son habitué devient une confiance organisée, transférable d'un établissement à l'autre.

L'épisode révèle aussi la difficulté de tout réseau de paiement : une carte n'a de valeur que si les commerçants l'acceptent, et ils ne l'acceptent que si les porteurs sont nombreux. Les fondateurs ont résolu ce cercle en amorçant les deux côtés à la fois, avec quelques centaines d'amis et quelques dizaines de tables. Le raisonnement vaut toujours et nourrit les débats actuels sur les commissions d'interchange et la concentration des réseaux de paiement. En 1958, à Fresno, la BankAmericard prolongera l'idée en y ajoutant le crédit renouvelable : le paiement sans liquide devenait aussi un prêt.

Payer sans argent sur soi, c'est confier à un tiers le soin de croire à votre place.