Éphéméride

Le jour où l'épargne
fut garantie

1934 Banques & institutions Lecture 3 min

Le 1er janvier 1934, les États-Unis ouvrent un guichet d'un genre nouveau : l'assurance fédérale des dépôts. Pour la première fois, un épargnant américain sait que son argent lui sera rendu, même si sa banque ferme.

Le fait

Quatre mille banques fermées en une seule année

Entre 1930 et 1933, des milliers de banques américaines suspendent leurs paiements : 1 350 en 1930, 2 293 en 1931, 1 453 en 1932, puis environ 4 000 en 1933. Chaque fermeture emporte les économies de ses déposants, ce qui pousse les autres à retirer les leurs avant qu'il ne soit trop tard. Les files d'attente devant les guichets deviennent l'image de l'époque. Le 6 mars 1933, Franklin Roosevelt proclame un congé bancaire national de quatre jours.

Le président n'était pourtant pas favorable à une garantie fédérale des dépôts. Lui-même et son secrétaire au Trésor la jugeaient coûteuse et craignaient qu'elle ne subventionne les banques mal gérées. L'opinion publique et le Congrès en décidèrent autrement. Le Banking Act, signé le 16 juin 1933, crée la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), et la couverture entre en vigueur le 1er janvier 1934 : 2 500 dollars par déposant, portés à 5 000 dollars le 1er juillet 1934.

Le résultat est saisissant : neuf banques seulement font faillite en 1934, contre plus de 9 000 au cours des quatre années précédentes. La garantie n'a presque rien eu à payer, car sa seule existence suffisait à dissuader la panique. L'effet recherché était la confiance, non l'indemnisation.

Le jour où l'épargne fut garantie
Ce que ça révèle

Une promesse qui se nourrit de sa propre crédibilité

Le mécanisme est un paradoxe utile. Une banque prête à long terme avec des dépôts exigibles à tout moment : elle ne peut pas rendre à tous, au même instant, ce qu'elle doit à chacun. Tant que chacun le sait, chacun a intérêt à retirer le premier. En garantissant les petits dépôts, l'État retire à l'épargnant sa raison de courir au guichet, et c'est cette course évitée qui épargne la faillite à la banque.

Cette protection a un prix, que Roosevelt avait pressenti : un déposant assuré ne surveille plus sa banque, et celle-ci peut prendre plus de risques avec un argent garanti. D'où une question qui traverse tout le XXe siècle et reste ouverte : jusqu'où couvrir, et qui paie la prime de la confiance ? Le plafond, simple chiffre sur le papier, est un arbitrage permanent entre la tranquillité des épargnants et la discipline des banques.

La meilleure assurance est celle qu'on n'a presque jamais à verser.