Le dimanche où le dollar
cessa d'être de l'or
Le dimanche 15 août 1971, au soir, Richard Nixon annonce à la télévision que les États-Unis cessent d'échanger des dollars contre de l'or. Il voulait une mesure provisoire, le temps de réformer le système ; elle fut définitive.
Un guichet fermé en un week-end
Depuis 1944, le système de Bretton Woods reposait sur une promesse : un dollar valait de l'or au prix fixe de 35 dollars l'once, et les banques centrales étrangères pouvaient à tout moment l'échanger contre du métal. Les autres monnaies étaient arrimées au dollar. Tant que l'Amérique détenait l'essentiel de l'or officiel du monde, la promesse tenait. Dans les années 1960, les dollars détenus à l'étranger finirent par dépasser les réserves d'or américaines, et chaque demande de conversion devint une menace.
Le 11 août 1971, le Royaume-Uni demanda que 3 milliards de dollars d'or soient déplacés de Fort Knox vers la Réserve fédérale de New York. Le 13, Nixon réunit à Camp David une quinzaine de conseillers, dont Arthur Burns, John Connally et Paul Volcker. Le dimanche soir, marchés fermés, il annonce trois mesures : la fermeture du guichet de l'or, un gel des salaires et des prix pendant 90 jours, et une surtaxe de 10 % sur les importations. C'étaient les premiers contrôles de salaires et de prix décidés en dehors d'une guerre.
Le détail frappant tient au calendrier. La décision fut préparée en trois jours par un cercle restreint, sans prévenir les alliés, et annoncée un dimanche pour que les marchés aient le temps de digérer la nouvelle avant l'ouverture du lundi. On parle depuis du « choc Nixon ».
Quand la monnaie ne promet plus rien en métal
En décembre 1971, les pays du G10 se réunissent à la Smithsonian Institution de Washington. Le dollar est dévalué de 7,9 %, l'once d'or passe à 38 dollars et la surtaxe est levée. L'arrangement ne tient pas : une nouvelle dévaluation de 10 % est annoncée le 14 février 1973, et la plupart des grandes économies laissent ensuite flotter leur monnaie.
Le monde passe ainsi à un régime où aucune grande monnaie ne repose plus sur un poids de métal, mais sur la confiance dans l'économie et les institutions qui l'émettent. Les taux de change deviennent des prix de marché, ce qui explique en partie l'essor de la couverture de change et des produits dérivés. Le débat sur l'or comme réserve de dernier recours, lui, n'a jamais cessé : une monnaie peut-elle se passer d'une ancre extérieure ?
Une promesse de convertibilité ne vaut que tant que personne ne vient la tester.